Plan Licence : Attention danger !

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Plan Licence : Attention danger !

Message par charly le Sam 16 Fév - 19:21

Le plan Licence est un des 5 chantiers associés à la LRU. La LRU met en place l’autonomie financière des universités, le plan Licence organise la professionnalisation du L, ainsi que des moyens de filtrage à l’entrée et au cours du cursus universitaire.

Orientation active : réguler les flux à défaut de sélection

L'« orientation active » est présentée comme un outil pour la réussite des étudiants. Il s'agit d'accompagner les lycéens dans leur orientation et de les dissuader lorsque leurs projets sont jugés "non conformes à leurs acquis antérieurs".


Les lycéens de Terminale remplissent en février un dossier examiné à l'issue du 2nd trimestre par des conseils de classe élargis ou des commissions ad hoc qui statuent sur les choix des lycéens. Si le lycéen persiste en cas d'avis défavorable, des entretiens avec le responsable de formation pourront être organisés pour le dissuader. Sans sélection légale, l'argument « la fac c'est l'échec » est employé pour écarter un maximum d'étudiants des filières générales. Les acteurs associés au projet, en plus d'enseignants, sont des acteurs économiques (surtout issus du patronat).
Cela laisse à penser que l'orientation sera pensée en fonction de la demande en main-d'oeuvre du bassin d’emploi local (reprenant la loi Fillon de 2005, art. 23).


Le plan licence prévoit un contrat entre l'étudiant et l'université (voir rapport Hetzel, pp. 22-23) qui servira de moyen de pression sur l'étudiant « en échec » à l'issue du premier semestre de L 1. Ces contrats seront élaborés dans chaque université (voir article sur Acordix), mais ce type de procédure existe déjà à Paris 6: les signataires s’engagent à ne pas s’inscrire aux cours du Semestre 2 qu’ils n’ont pas validé en S1.


Les étudiants qui ne "respectent" pas leurs "engagements" risquent de devoir choisir entre des redoublements de semestre (malgré des problèmes d'organisation), de se réorienter vers des filières pro (BTS, DUT) ou de poursuivre leur année avec des contraintes de nature à les décourager.



L’objectif est de réduire par la dissuasion les effectifs dans les filières générales, c’est un biais pour pouvoir « réguler les flux » sans sélection officielle.


Rénover le contenu de la licence générale de l'université...
... pour l'inscrire dans
une logique de « maîtrise progressive des connaissances et des
compétences».


« La première année, une année fondamentale »... et pluridisciplinaire.

Le ministère souhaite renforcer les compétences des étudiants en repoussant la spécialisation de la L1 à la L2. Il donne l'exemple
d'une licence de géographie rénovée: 7h30 de géo, 4h de langues, 1h de tutorat.
Il donne des moyens pour des « heures complémentaires d'enseignement » (tutorat ou monitorat) mais pas pour renforcer les TD. Multiplier les modules en n'ajoutant qu'une heure d'encadrement (qui parfois existe déjà comme à Angers) sans s'attaquer au salariat étudiant c'est augmenter l'échec des étudiants cumulant un emploi et les études. La rénovation, a priori positive, creuse les inégalités entre les étudiants. L'échec est induit par la précarité étudiante et la sélection pédagogique (notes éliminatoires, absence de compensation annuelle, TDs surchargés…) or rien de cela n'est abordé dans ce plan.


La deuxième année, une année de consolidation.

L'étudiant peut enfin se spécialiser dans sa discipline.
L'université a pour mission de lui faire découvrir le monde professionnel (« séminaires, forums, tutorat d'entreprise »). Cette année serait la seule à conserver son format actuel, avec plus de professionnalisation. Le plan reste très vague à son sujet.


La troisième année, une année professionnalisante.

« L'orientation vers des champs de métiers y sera plus affirmée ». « Tous les étudiants diplômés de Licence disposeront au moins d'un stage validé dans le cursus (dans l'administration, l'enseignement, ou l'entreprise) ».


La mise en place de stages pourrait sembler bénéfique pour les étudiants. Cependant la forme du stage n'est pas définie (observation ou participation à l'activité). Aucun contrôle sur l'intérêt pédagogique du stage n'est évoqué. Pour les étudiants salariés, il n’y a pas de garantie de rémunération suffisante pour compenser la perte d’un salaire. Aucun travail salarié ne doit être payé en dessous du SMIC sinon il devient plus intéressant pour l’employeur de recruter un stagiaire plutôt qu’un CDI. La généralisation des stages met directement en concurrence étudiants et salariés et elle est sans réel intérêt pédagogique alors que l'étudiant y perd trois mois de cours!


« Mobiliser les filières professionnelles courtes
pour la réussite de tous les étudiants » et mieux s'adapter au marché.

La professionnalisation de la licence s'accompagne d'une refonte de la carte des formations de STS et d'IUT « en lien avec les acteurs locaux » afin de permettre « l'élargissement de l'offre des IUT et des STS au profit des étudiants de licence générale ». Le but est donc de créer des filières courtes, professionelles, qui accueilleront les étudiants ayant échoué en filière générale. Le rapport Hetzel parlait de formations en 18 mois, intégrables dès la fin du premier semestre pour ne pas laisser le temps à l'étudiant qui souhaiterait redoubler dans une autre filière.


Le cadrage national des diplômes et 50 % d'une classe
d'age en licence, deux nouveaux défis de la droite ?

Le cadrage national se fera au niveau de la nomenclature des diplômes, pour avoir une meilleure lisibilité nationale. Malgré l’autonomie financière et pédagogique, on impose aux universités la refonte de la licence. Des IUT et STS répondant aux besoins du bassin économique local ne pourront être cadrés nationalement. Les licences générales qui subsisteront dans les universités à rayonnement régional se verront imposer la professionnalisation par le cadrage national. Cependant, le peu d'encadrement supplémentaire et l'absence de création de postes laissent présager un taux d'échec toujours élevé. L'objectif des 50% d'une classe d'âge ayant une licence est aujourd'hui une nécessité économique. Les entreprises ont besoins de main d'oeuvre qualifiée et répondant à des exigences de formation pointues, à bas prix et renouvelables (d'où l'intérêt de la professionnalisation). Cet objectif peut expliquer l'absence de sélection affirmée dans la LRU. Ce dispositif d'orientation par l'échec permet d'augmenter le nombre de diplômés en augmentant le nombre de diplômés professionnels.

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